On n'arrête pas le progrès.
(Comme on dit à Lyon)

Les compagnies aériennes voient depuis très longtemps les fumeurs d'un très mauvais oeil:
- Première classe ou éco ?
- Première
- Fumeur ou non fumeur ?
- Euh (sourire gêné)... Fumeur s'il vous plaît, aïe non pas la tête !
- Soute ou train d'atterrissage ?

Il est clair que ce cancéreux en puissance va passer un voyage dont il ne se vantera pas. Surtout s'il a un téléphone cellulaire et une game boy dans son manteau.

Et là, coup de génie, on dispose à présent de petits dispositifs buccaux qui permettent aux accros du tabac de s'envoyer une petite dose grâce à un subtil mécanisme dispensant cette bonne vieille nicotine sans fumée !
C'est super ! On va pouvoir léguer son corps à la science qui le transmettra aux ponts et chaussées, sans pour autant pourrir les poumons des autres !

Cette fabuleuse avancée technologique nous ouvre des horizons jusqu'ici insoupçonnés, que même Leonardo di Cap... euh.. da Vinci n'aurait jamais osé imaginer dans ses délires oniriques les plus éthyliques. Oui, il buvait, c'est l'arrière-arrière-arrière petit-fils de son assistant qui me l'a dit, un soir où lui-même n'était pas en état de critiquer le patron se son multiple aïeul.
Mais reprenons le dialogue ébauché en début de texte:
- Fumeur ou non fumeur ?
- Fumeur. Et je vous emm...
- Intraveineuse ou patch ?

C'est fantastique. En cas de crise de manque un cathéter tombe automatiquement du plafond comme les masques à oxygène en cas de dépressurisation. Le camé n'a plus qu'à se ficher l'aiguille dans la grosse veine bleue qui lui court le long de (rhooo tout de suite!) son bras et savourer le nicoshoot.
Sans compter que si la pratique se généralise hors des compagnies aériennes, les fumeurs cesseront -enfin- de puer de la gueule. Et mes vêtements ne sentiront plus la tabatière oubliée. Evidemment ce n'est pas pratique de se promener dans la rue avec sa petite poche suspendue au bout d'une tige à roulettes de 2m de haut avec un tuyau planté dans... le bras, y'en a deux qui suivent, et on aura des ennuis quand il s'agira de prendre un taxi, mais quelle avancée ! Les employés de la voirie auront enfin autre chose à ramasser que des mégots. En y réfléchissant, il ne restera plus que les feuilles mortes, mais c'est saisonnier, et les crottes de chien; finalement je ne sais pas s'ils y sont gagnants...

Mais rien n'est perdu, la technologie avance sans cesse et je ne désespère pas qu'un beau jour, un petit labo indépendant nous fasse un jour cette annonce:
FUMEURS - LA FIN DU CALVAIRE
...en nous présentant de la nicotine sous forme de suppositoire ! La preuve:
La suppotine, en vente partout
Ne jamais associer intraveineuse et suppo.
Nuit gravement à la santé, peut provoquer des cancers et des hémorroïdes.
Ah bien sur, les premiers mois seront, disons, difficiles. Les confusions iront bon train (huhuhu!) et certains n'auront pas fini d'essuyer un filet de bave paraffinée au revers de leur bouche en essayant de fumer un suppo !
Vous vous doutez bien que les brûlures anales seront légion. Bah, un bon onguent appliqué avec douceur et il n'y paraîtra plus. Tout progrès est toujours un peu douloureux au début pour les plus bêtes d'entre nous. Et jubilatoire (je hais ce mot mais il est à la mode) pour les autres.

Ce qui me gène un peu, c'est que certains vont y voir malice, déjà que l'on trouve des cigares entre des lèvres pour lesquelles ils n'avaient pas été conçus, j'ai peur de l'imagination sans limite de certains... La mienne pour commencer !

Et puis hé ! Certaines pratiques vont radicalement changer. Je pense aux "cigarettes qui font rigoler"... Enfin vous voyez quoi, je ne suis pas là pour en faire la promo...
Imaginez ce que pourrait devenir cette banale conversation avec des "suppos qui font rigoler":
- Eh psst fais tourner, fais tourner...
- Oâh tiens...
- Ah t'es degueu t'as bavé dessus...

En fait c'est toute un système de communication et d'échelle sociale qui va vaciller. Actuellement, le prolo fume des "papier maïs", le boss fume des "havane" et la taille de la tétine à cancer est proportionnelle à celle du portefeuille. Et on la revendique. Avec nos suppos, les patrons vont avoir mal au cul, je le prédis ! Et s'ils veulent toujours afficher leur position sociale, il faudra bien qu'ils marchent culotte baissée, ce qui les fera ressembler à des pingouins. Cette perspective revancharde de la lutte des classes ne manquera pas de faire sourire les masses laborieuses !

Voici quelques exemples de conversations à venir:


- Un cigare ?
- Euh non merci j'ai des hémorroïdes...

- Vous fumez ?
- Oui
- Déshabillez-vous et penchez vous légèrement en avant...

- Docteur je voudrais arrêter
- Voilà qui est sage, alors vous prendrez une cuillérée d'huile de foie de morue 2 fois par jour...

- T'es crade, vraiment, y'a des traces de nicotine jusqu'au fond de ton slip!

- Tu devrais arrêter tu sais
- Ouais mais bon
- Hier soir j'ai vu un reportage à la télé, le mec il avait l'intestin plein de goudron, tout noir, il faisait des crottes de 2kg dont on faisait des pavés, il a bouzillé 4 cuvettes de vécés, c'était à gerber !

- Eh l'autre eh y crapotte, il s'enfile même pas le suppo pour de vrai

- Un petit suppo ?
- Volontiers... Ah non merci, ce sont des mentholés, ça m'irrite le fion. 
- Pouah vous avez les doigts qui sentent... Vous fumez ou quoi ?

- Et les ronds de fumée, vous savez les faire ?

- Vous fumez trop, il faut arrêter les suppos ou le cassoulet

- Oh non mais c'est pas vrai ?! Ils ont trouvé le moyen de puer le tabac. ILS PETENT MAINTENANT !

tfloquet@minitel.net